Jay-Z vs Nas
A n'en pas douter, le clash fait partie intégrante de la culture hip hop. Mais jusqu'à quel point ? Les premiers DJ's profitaient des block parties pour faire tourner un son, sur lequel plusieurs Mc's s'échangeaient des phases les uns sur les autres. Une sorte de challenge contenu par une volonté de s'amuser ou de tout déchirer et n'ayant nullement pour but de ridiculiser honteusement l'adversaire.
Le clash reste positif tant qu'il contribue au dépassement de soi et par la même occasion à la reconnaissance des pairs. Pourtant, vous n'êtes sûrement pas passé à côté des différents clashs, qui ont rythmé la vie du hip hop, ces dernières années, et qui ont dépassé le simple exercice de style (dans le désordre : Canibus vs Eminem, Canibus vs LL Cool J, KRS One vs Mc Shan, KRS One vs Nelly, Sheryo vs quasiment tout le rap français, ou encore Jacky vs Lord Kossity …). Ni la France, ni les Etats-Unis n'ont été épargné par l'écrasement de certaines valeurs qui faisaient la force du hip hop à ses débuts. Oubliés la paix, l'unité et le respect.
Récupéré, le clash a même permit aux protagonistes d'envisager une somme d'argent conséquente. " L'esprit hip hop ", si ce terme signifie encore quelque chose, est en train de se laisser ronger par de vulgaires affronts. Quel avenir pour une culture, où désormais, pour prouver que tu es le meilleur, il faut obligatoirement insulter la personne en face de toi ? En guise d'exemple : voici l'histoire du clash Jay-Z vs. Nas.
A la mort de Notorious B.I.G, le trône du rap new-yorkais est laissé vacant. A cette époque, et même si la plupart des Mc's se battent pour y accéder, personne ne semble réellement apte à prendre la suite sans faillir. Pourtant, certains rappeurs sont dotés d'un calibre suffisant pour prendre le relais. Parmi eux, Nas, Mobb Deep, le Wu Tang… Pour sa part, Jay-Z n'est que très loin derrière face à l'échec de différentes sorties en autoproduction. Pourtant, il ne manquera pas de se rattraper avec son premier album Reasonable Doubt, qui rafle un disque d'or et qui le place désormais sur l'échiquier. En 2000, soit trois ans après, les deux rappeurs s'attaquent par le biais d'allusions scabreuses, enfouies dans les lyrics.
2001. Jay-Z et Nas ont multiplié les albums. Les autres, quant à eux, restent très présents mais sont plus ou moins sur le déclin. Jay-Z bénéficie d'ailleurs d'un incroyable engouement. Son album, The Dynasty ne quitte pas le haut des charts durant toute l'année et surtout le rappeur est omniprésent dans les médias. Un véritable phénomène. La tension commence à monter lorsque Memphis Bleek du même crew que Jay-Z, Roc-a-fella, affirme sur la radio Hot 97, que le collectif contrôle New York et ses quartiers. Comme des ambassadeurs. Cette prétention n'est pas sans en énerver plus d'un. Dont Prodigy de Mobb Deep et Nas, qui appellent la radio, dans la foulée pour contester.
Pourtant, afin de conquérir la place, tant convoitée, de King of New York (une reconnaissance que seul le public peut consacrer et qui va bien au delà du talent, puisqu'elle vise également à booster les ventes) Jigga et Nasir Jones feront bien pire. C'est au " Live on stage " du Hot 97' Summer Jam, que Jay-Z, loin d'être intronisé, affiche une énorme photo de Prodigy en tenue de danse classique. Juste après, il s'attaque à son réel adversaire : Nas, au renfort d'un 16 mesures musclé. La suite ? Une série de bootlegs, de mixtapes et de shows radios, qui n'ont qu'un seul but : détruire l'autre. Le titre de Nas, Stillmatic, destiné à la rue, en est le parfait exemple, il fait passer Jay-Z pour un faux, un " Sisqo du rap ". Le reste est bien plus bas encore, puisqu'il affirme que Jay-Z est homo, ce qui auquel cas, ne regarde que lui, et ne peut rentrer dans le cadre des différentes insultes proférées.
Les kiffeurs de son New Yorkais trouve dans cette guéguerre, de quoi alimenter leurs ragots et leur discothèque (et aussi de quoi faire le bonheur des labels et des maisons de disques grâce au buzz).
Le 11 septembre 2001 sort le Blueprint de Jay-Z. Les évènements du jour à New York feront quelques peu oublier le disque. Pourtant, il vendra tout de même 300 000 exemplaires, la première semaine. La chanson Takeover continue d'achever Nas, déjà en train de s'essouffler. Afin de répondre, le rappeur du Queens utilisera avec habileté les médias. Il revient sur la genèse du clash et explique que Jay-Z n'avait pas réussi à obtenir Nas sur Reasonable Doubt, ce qui aurait été le phénomène déclencheur. Le titre Ether sur le Stillmatic de Nas finira d'enfoncer les deux rappeurs dans un jeu d'attaques et de réponses sans fin et lassant par le manque d'originalité des lyrics. Extraits choisis : " Fuck Jay-Z, you been on my dick nigga (…) Heard it when I was sleep that this Gay-Z and Cockafella Records wanted beef (...) Dick suckin lips, why dont you let the late, great veteran live (...) Y'all niggas deal with emotions like bitches (...) Were you abused a child, scared to smile, they called you ugly (...) Eminem murdered you on your own shit, you a dick-ridin faggot". Tout le rap game ne parle que de ce titre. Chacun y va de sa petite phrase pour encenser Nas. Seulement Shawn Carter aka Jay-Z a plus d'un tour dans son sac. Quelques jours après la sortie de Ether, il balance Super Ugly, où il révèle avoir eu des relations sexuelles avec la mère de la fille de Nas. Manque de chance : Nas l'avait déjà avoué dans une interview et ses " histoires de meufs " ne suffiront pas à déstabiliser Nas auprès du public.
Pour déterminer le nom du vainqueur Hot 97 met en compétition les deux derniers titres, pendant une journée. Le verdict : Nas wins ! Ce qui mettra, on l'espère, un point final à cette ridicule battle. On devrait d'ailleurs voir d'ici peu leurs deux blazes réunis sur l'album de Sarface, mais sur deux titres différents. Beanie Siegel, lui du clan Roc-a-fella est, quant à lui, déjà en guerre contre Lox, qui ne cesse de reproduire le même schéma que Nas, à l'encontre de Jay-Z.
Peace 'n listen...