Qui est Doudou Masta ?
En 1990, on découvrait le timbre grave et saisissant de Doudou Masta, au sein de Timide et Sans Complexe (TSC). Ce groupe de Vitry tapait le poing sur la table, avec un rap dense, sans concession (quatre disques entre 1992 et 1996). La "marque" Doudou Masta, c'est un mélange de chronique du quotidien, crachée sur le vif, et de manifeste hardcore politique (au sens originel du terme : politikos, "de la cité" en grec classique). Mais surtout pas de langue de bois. Dans le mouvement, les rimes au vitriol du rappeur vitriot forcent l'attention et le respect.
Une décennie plus tard, Doudou Masta est toujours dans la place, fin prêt pour sortir son premier album solo, «Mastamorphose». On retrouve à la réalisation : Sulee B, Gang du Lyonnais, Cut Killer, Diesel ainsi que plusieurs invités tels que: Jeru The Damaja, Diam’s, Afrodiziac…
On trouvera de nouveaux chapitres de la saga Doudou Masta dans cet album.
Avant son maxi «Trop loin» (1998), il a beaucoup oeuvré au sein du collectif Boogotop, qu'il a fondé avec cinq potes en 1998. L'année suivante, est sorti le double-album de Boogotop, «L'Antidote», comprenant "Maintenant ou jamais" que Doudou partage avec Lord Kossity, "On aurait pu se connaître" avec Case Nègre, "Même les plus fous" avec Di Fanga, "Ennemi" avec Mafia K'1 Fry.
Si l'on remonte encore le temps, il y a bien sûr Timide & Sans Complexe, un des premiers groupes de l'Hexagone à avoir célébré l'identité noire. Avec ses acolytes (J.O.E.L, puis Doc Sky), Doudou Masta renforça sa place parmi les purs et durs du hip hop : Le premier disque de TSC, «Explicit Lyrics» sortit en 1992, chez Bondage. Suivit, en 1993, le maxi «Le Feu dans le ghetto» (WMD), brûlot de pera qui faisait cramer le moindre lambeau de complaisance. Des enregistrements qui marquèrent les esprits. Après le maxi «Plastique» (1995), l'album «Psychose» (1996) fit monter l'adrénaline, avec des rimes claquant contre la condition imposée par le système dans les quartiers.
Précédant la sortie de «Mastamorphose», on a pu entendre Doudou Masta sur de nombreuses productions: dans les bandes originales de «Métisse» , de «La Haine» (films de Mathieu Kassovitz). Dans "Antipolitique" avec No One Is Innocent, titre repris dans une séquence du film "La Vérité si je mens". Egalement dans l'anthologique et démentiel «Truc de fou» du 113 Clan. Sans oublier "Boogotop represent" dans la magistrale «Opération Freestyle» de Cut Killer (1998). Il y a en outre les interventions dans "La concurrence" (de D Abuz System) et dans "Pose pas d'question" (B.O. du film "La Squale"). On ne peut citer tous les featurings de Doudou. Parmi les dernières réalisations, figurent "Riches" (de l'album «Combines» conçu par Janick, en 2000) et "Qu'est-ce que tu veux faire" (aux côtés de Disiz La Peste, Manu Key, Dany Dan et Sandra, dans le CD «R N’B 2000 International» de Cut Killer et DJ Abdel). Plus une brève apparition sur le dernier Dee Nasty, «Nastyness» (2001). Doudou se lâche également dans "Nick ça", plage énervée du double-album «Hip Hop Soul Party 4» de Cut Killer/DJ Abdel (2000). Enfin, en 2001 Doudou invite Faf Larage sur son maxi «Fidèle au Mic» .
Entre 1990 et 1996, TSC se produisit régulièrement en public, sur des scènes modestes (rester en contact avec le terrain) ou sur les plus prestigieuses (des Zénith, les Francofolies de la Rochelle, etc.). A la fin des années quatre-vingt-dix, TSC disparaît doucement, quittant le paysage musical presque sur la pointe des pieds. Pourtant, Timide et sans Complexe est toujours là, quelque part dans l'air. C'est cela qu'on appelle la mémoire collective.
La décennie quatre-vingt-dix a imprimé, dans l'âme de Doudou, des lettres d'or et de sang. Trop de proches sont morts dans la fleur de l'âge. Malgré la douleur du deuil qui revient souvent au rendez-vous, il faut s'accrocher à cette putain de vie. L'or, c'est l'espoir, ces rayons de soleil qui éclairent la conscience, qui vous font rester debout. Cette lumière qui, comme dans ce nouveau vinyle, irradie la voix de Doudou et lui fait parler d'amour, même lorsqu'il est en colère.
Peace 'n listen